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Dheepan Palme d'Or 2015

On a tout entendu sur le grand cérémonial de la montée des marches du Festival de Cannes pour la projection d’un film en compétition : certains rejettent les paillettes et le narcissisme de cette séance photo, d’autres trouvent inadéquats art et exhibition.

Il y a ceux qui ne sont venus que pour le portrait et ressortent immédiatement par une porte dérobée sans voir le film, et il y a les passionnés venus pour l’amour du cinéma mais qui n’ont pas pu résister à la tentation d’un selfie.
Des plus grandes célébrités aux plus illustres inconnus, du simple cannois au visiteur venu du bout du monde, il se mêle pendant un instant singulier une population disparate, uniformisée par leur tenue, emportée par un courant infernal sous les lumières des projecteurs et les explosions de flash. Le tapis rouge semble mouvant, il est impossible de s’arrêter, des hôtesses sont là pour vous le rappeler… on a beau essayer de faire durer ce moment, on se retrouve inexorablement en haut des marches. A peine le temps de se rendre compte de la majestueuse architecture du hall du Grand Auditorium Louis Lumière, on est déjà dans la salle spectaculaire et mythique… assis, un petit coup d’œil sur son téléphone pour partager les photos réussies avant de le mettre en veille. La lumière s’éteint. Place au cinéma.

Les derniers excités applaudissent les logos du Festival de Cannes, CanalPlus ou du CNC, leur pression retombe.
Les premières images de Dheepan de Jacques Audiard montrent l’horreur de la guerre civile au Sri Lanka. Contraste avec tout ce que l’on vient de vivre.

Audiard nous avait habitués aux sujets originaux ou traités via des axes inattendus.
Immigration, réfugiés, amour, famille… Des thèmes actuels et intemporels, mais des personnages et des décors peu ou pas dépeints.
Nous en savons un peu plus sur le conflit post colonial entre les forces régulières Sri Lankaises et les indépendantistes Tamouls. (Ce conflit a causé depuis 1972 plus de 70 000 morts, et plus de 140 000 personnes portées disparues. Source : wikipedia)
Nous sommes témoins de la tentative de reconstruction familiale des trois personnages principaux, Dheepan, sa présumée épouse, et leur présumée enfant.
Chacun avec son passé, son deuil, ses souffrances, recherche un apaisement dans cette cellule familiale improvisée, réfugiée dans cette Europe et cette France… pas si paisible finalement…

Les acteurs sont pour la plupart débutants, les 3 principaux ne parlant pas la langue d’Audiard. Le cinéaste n’a pas choisi la facilité. Un challenge pour un cinéaste qui a tourné avec les plus grands, Cotillard, Duris, Trintignant et Arestrup, et qui a aussi lancé Rahim.
On adhère rapidement à la sincérité des personnages. On a peur pour leur fragilité à mesure que les tensions montent entre eux et au sein de cette cité inquiétante.
Le message d’espoir est limpide sur la reconstruction d’une vie en repartant de rien, aucune attache et aucun moyen.
Message politique aussi sur les zones de non droit, où les honnêtes gens cohabitent avec les caïds.
La peinture de cette cité et du quotidien de ses nouveaux locataires est juste et captivante.

Néanmoins, ce n’est pas le meilleur Audiard, n’ayant pas la même densité qu’Un Prophète. Le film est certes dépouillé et c’est une qualité. Mais les premières scènes au Sri Lanka auraient méritées d’être légèrement approfondies, décor et guerre civile, ainsi que le dénouement final quelque peu invraissemblable est amené comme une fin en soi. On reste donc sur sa faim… et l’on se demande tout de même : ne se cachait-il pas un autre chef d’œuvre dans la sélection officielle ?

Dans tous les cas Dheepan est un film de genre : politique, social, tendu, haletant et chargé en émotion. Il ne laisse pas indifférent. Il nous ouvre les yeux sur le Monde, sur la France et sur nous-même !
La France qui cette année remporte les trois plus prestigieuses récompenses, dans des films engagés, réalistes et humains.
Finalement, Cannes marie très bien culture et festivités, grandeur et misère, simplicité et paillette.

Voilà, un plaisir n’arrivant jamais seul, j’ai monté les marches avec photographes et tapis rouge et en plus j’ai vu la Palme d’Or ! Je vous retrouve très vite pour une prochaine critique culture.

© Hervé Fabre – Palais des Festivals et des Congrès de Cannes


A PROPOS DE L'AUTEUR
Hamed

Hamed

Brillamment diplômé des beaux-arts de Marseille-Luminy, artiste, développeur multimédia, passionné de photos et de réalisation audiovisuelle, Hamed est le touche à tout de génie de l'équipe. Ses talents s'étendent également à la gastronomie avec une spécialité "émincé de kebbab sur son rizotto à l'huile de truffe".

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